
Aux portes des Alpilles, une terre de passages
L e Domaine de Saint-Roch se situe sur la commune de Tarascon, à l’ouest du massif des Alpilles, dans ce pays de transition où la plaine rhodanienne rejoint progressivement les premiers reliefs provençaux. Ici, le paysage est marqué par la lumière, le vent, la pierre et les grands horizons ouverts. Aux portes des Alpilles, la Provence révèle une alliance rare de silence, de chaleur minérale et de temps long.
Le mistral souffle fréquemment sur le domaine. Il nettoie le ciel, sèche les grappes après les épisodes humides et assainit naturellement la végétation. Cette présence constante du vent favorise des maturités nettes et une belle précision aromatique. Mais ce souffle puissant impose aussi une vigilance permanente. Il accentue l’évaporation et oblige à rechercher un équilibre subtil entre fraîcheur, maturité et expression du fruit.
Les sols mêlent argiles, calcaires, cailloutis et alluvions légers. Cette composition de piémont offre à la vigne un terrain à la fois drainant et capable de conserver des réserves utiles durant les périodes sèches. La sécheresse méditerranéenne trouve ainsi une forme de compensation naturelle : le sol ne retient pas l’eau en excès, mais permet à la plante de traverser les fortes chaleurs sans perdre toute vigueur.
Autour des parcelles, garrigues, pinèdes, herbes sèches et pierres chauffées par le soleil donnent au domaine une identité profondément provençale. Cette terre porte aussi la mémoire littéraire des paysages évoqués par Alphonse Daudet. La lumière intense qui baigne les Alpilles, immortalisée par Vincent van Gogh entre 1888 et 1889, appartient pleinement à l’identité du lieu. Les grands peintres impressionnistes ont eux aussi contribué à faire de cette clarté provençale une véritable signature du terroir.
Le Domaine de Saint-Roch prolonge à sa manière cette Provence intemporelle, faite de pierre, de silence, d’élégance rurale et de mémoire ancienne. Car Saint-Roch n’est pas seulement un domaine viticole. C’est aussi un site chargé de récits, de traditions et de symboles transmis au fil des générations.
Le domaine porte une mémoire ancienne liée à l’époque romaine. Sa position dans cette terre de passages renforce l’image d’un lieu d’accueil et de refuge au cœur des échanges provençaux. La tradition locale évoque un ancien prieuré fortifié, comme si ce lieu avait longtemps réuni la prière, la protection et la surveillance d’un territoire stratégique.
Cette mémoire s’inscrit dans une Provence traversée depuis l’Antiquité par de grandes voies de circulation. Le secteur se trouvait au croisement des voies Agrippa, Domitia et Aurélia, qui reliaient le Rhône, la Méditerranée et l’intérieur des terres. Une autre mémoire, plus légendaire, évoque une présence templière. Il convient toutefois de rester prudent, car les informations publiques disponibles ne permettent pas d’établir une chronologie parfaitement documentée.
Mais ces récits possèdent une cohérence profonde. Ils inscrivent Saint-Roch dans l’imaginaire provençal des lieux de refuge, d’accueil et de vigilance. Le nom même de Saint Roch renforce cette dimension. Dans la tradition chrétienne, saint Roch est associé aux pèlerins, aux routes, aux lieux d’accueil et à la protection contre les épidémies. Dire qu’il aurait séjourné ici relève de la tradition locale, mais cette idée s’accorde naturellement avec l’esprit du domaine, ouvert aux vents et aux passages.


Un blason, une famille et un chai historique
L e blason du domaine résume à lui seul cette mémoire symbolique. Découvert sur l’entablement en pierre d’une porte du XIVᵉ siècle lors de travaux de restauration, il représente une coquille de pèlerin inversée et plusieurs colombes montant vers le ciel. La coquille évoque les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, l’hospitalité et la protection du voyageur. Les colombes renvoient à la paix, à la bénédiction et au Saint-Esprit.
Ce blason rappelle également celui de l’ordre des Hospitaliers, auquel certaines traditions rattachent saint Roch. Des chapiteaux anciens attribués à cette époque auraient aussi été retrouvés sur le domaine. Ces éléments ne constituent pas des preuves archivistiques définitives, mais ils appartiennent pleinement à la mémoire du lieu et à la manière dont il s’est raconté au fil des siècles. Plus qu’un simple décor héraldique, ce symbole résume l’esprit du domaine, entre mémoire religieuse, hospitalité provençale et transmission familiale.
Le Domaine de Saint-Roch et son parc sont aujourd’hui classés Patrimoine Remarquable. Le parc conserve plusieurs arbres pluri-centenaires, dont certaines essences américaines particulièrement rares dans la région.
Depuis trois générations, le domaine appartient à la famille Millard-de-Lembeye, ancienne lignée de vignerons implantée en Beaujolais et par la suite en Provence depuis plus de deux cent cinquante ans.
Au cours du XXᵉ siècle, la famille développe progressivement ses activités entre le Beaujolais, notamment autour de Romanèche-Thorins et du Moulin-à-Vent, et la Provence tarasconnaise autour des domaines de Saint-Roch et de Lansac. Madeleine Millard et plus tard sa fille Edith Agnès de Lembeye, née Millard en 1929, jouent un rôle central dans cette continuité familiale. Gérantes historiques du Domaine Saint-Roch, elles participent activement à la modernisation du vignoble et accompagne les premières orientations environnementales du domaine.
Son fils, Thibaut de Lembeye, représente aujourd’hui la génération actuelle. Depuis plusieurs années, il dirige les propriétés familiales et structure l’ensemble en créant une société de négoce « Saint-Roch & Lansac » autour des trois domaines : de Saint-Roch, du Grand Mas de Lansac et de la Tour de Lansac. À ses côtés, Anne de Lembeye, née Anne Calixte, ainsi que ses enfants Margaux, Arthur, Alexandre et Clotilde de Lembeye participent à cette continuité familiale. Cette transmission progressive illustre la volonté de préserver un patrimoine viticole ancien tout en l’adaptant aux exigences technologiques de son époque.
Le chai historique, modernisé dès 1888, demeure un élément central du domaine. Cette date marque une étape importante dans l’évolution des installations de vinification. Le cœur technique du domaine a alors été consolidé et modernisé afin de répondre aux exigences de son époque.
Depuis, les installations n’ont cessé d’évoluer. Aujourd’hui, le chai associe anciennes cuves en pierre, cuves béton et équipements modernes en inox réfrigéré. Les outils numériques permettent des réglages précis et des vinifications conduites à basse température. Cette maîtrise technique favorise l’extraction aromatique tout en conservant des fermentations modérées et équilibrées. Le domaine recherche ainsi des vins précis, lisibles et fidèles à leur terroir.
Comme souvent dans les grands mas provençaux, les bâtiments ont été conçus pour durer. Murs épais, fraîcheur naturelle et inertie thermique assurent des conditions favorables à la conservation et à l’élevage. Saint-Roch ne cherche pas à opposer tradition et modernité. Le domaine les fait travailler ensemble dans une continuité naturelle.
Le vignoble et les cuvées
L a propriété comprend environ 140 hectares de vignes et 70 hectares de céréales. Cette diversité permet de maintenir l’équilibre agricole du domaine. Certaines parcelles sont laissées au repos durant sept années après arrachage afin de permettre une régénération naturelle des sols. Cette pratique inédite contribue à préserver la biodiversité et l’équilibre biologique des terres.
Le domaine bénéficie de la certification HVE niveau 4. Cette démarche traduit une attention constante portée à l’environnement, à la qualité des sols et à l’équilibre du vignoble.
L’encépagement associe notamment merlot, caladoc, marselan, chardonnay, rolle et cabernet. Certaines parcelles sont régulièrement renouvelées afin d’adapter le vignoble aux évolutions climatiques et agronomiques.
Selon les cuvées, les vins sont proposés en IGP Alpilles ou en IGP Méditerranée. Cette souplesse permet d’exprimer librement le caractère du piémont provençal.
La commercialisation repose sur un modèle double. Une partie de la production est vendue en vrac auprès des professionnels, notamment dans la restauration régionale. Une autre partie est embouteillée sous le nom du domaine.
La gamme commerciale met aujourd’hui en avant plusieurs cuvées. Brise d’Été, blanc issu de chardonnay, est vendangé précocement afin de préserver fraîcheur, tension et éclat aromatique.
Saint-Roch 1888, rosé élaboré à partir de merlot et de caladoc, bénéficie d’un élevage partiel en fût d’acacia. Celui-ci apporte du relief et une texture délicate sans masquer le fruit.
Une cuvée rouge autour du merlot et du marselan complète progressivement cette orientation, avec une recherche d’équilibre entre chair, souplesse et structure.
La cuvée 1888 blanc a obtenu une médaille d’or IGP Alpilles au Concours Général Agricole de Paris 2026. La cuvée 1888 rosé y a reçu une médaille d’argent.
Depuis 2025, le domaine développe aussi des vins naturellement faiblement titrés en alcool. Certaines cuvées atteignent ainsi 11°, puis 9° en 2026. Ces profils sont obtenus grâce à des vendanges nocturnes précoces, des macérations sur bourbes à froid et des fermentations parfaitement maîtrisées. Cette démarche permet de conserver fraîcheur, tension et équilibre aromatique.
Les vins sont diffusés localement ainsi qu’à l’export. Le domaine développe également une activité œnotouristique simple et accueillante, fidèle à l’esprit des lieux. Les visiteurs viennent y goûter les vins, comprendre le terroir et découvrir l’histoire du domaine dans un cadre marqué par la pierre, le paysage et la mémoire provençale.
Depuis 2024, Thibaut de Lembeye a structuré la SAS Saint-Roch & Lansac, dont le siège se trouve au Domaine de Saint-Roch. Elle centralise la commercialisation, l’embouteillage, l’achat et la diffusion des vins produits par plusieurs propriétés familiales.
Elle réunit aujourd’hui le Domaine de Saint-Roch, le Grand Mas de Lansac et le Domaine de la Tour de Lansac. Cette organisation mutualise les moyens commerciaux et logistiques sans effacer l’identité propre de chaque domaine.
Les cuvées continuent ainsi d’être proposées sous leurs noms d’origine : Saint-Roch 1888 et Brise d’Été pour Saint-Roch ; Évidence pour Lansac ; Franc de Pied, Les Quatre Reines et Saint-Louis pour le Domaine de la Tour de Lansac.
Le Domaine de Saint-Roch apparaît ainsi comme un lieu de continuité et d’ouverture. Continuité d’un domaine familial enraciné dans le piémont ouest des Alpilles. Ouverture vers une dynamique moderne associant patrimoine, viticulture et diffusion contemporaine.
Entre les pierres anciennes, les récits de pèlerins, les symboles gravés, le mistral et la précision des vins, Saint-Roch poursuit son histoire avec une identité profondément provençale.




